Le fléau n°1 dans les espaces de coworking…

Vous savez quel est le principal sujet de discorde dans un espace de coworking ? Non ? …Vraiment ?? Et bien figurez-vous qu’un quart des coworkers sont gênés par le bruit !

Source : Deskmag, 2ème enquete globale sur le coworking

D’ailleurs, la riche littérature déjà existante sur le sujet le confirme… Pour autant, nous ne sommes pas les plus mal lotis, puisqu’une autre enquête assure que 52% des français sont perturbés par le bruit dans leur environnement de travail.

Source : Midi Libre

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Mais alors, me direz-vous, pourquoi des personnes qui ne supportent pas le bruit viennent-elles dans un espace de travail partagé ? Pourquoi ne restent-elles pas tout simplement chez elles ?

Pour plusieurs raisons :

D’abord, chaque espace de coworking définit des règles de fonctionnement différentes, et dans certains, l’open space est extrêmement calme, voire silencieux. Dans ce contexte, même les plus hostiles au bruit y trouveront leur compte. Mais avant d’avoir essayé en live, difficile de savoir quelle est la règle réellement appliquée… Et pour les autres, l’effet bibliothèque peut être particulièrement angoissant.

Ensuite, ceux qui ont besoin de calme pour se concentrer durant leur temps de travail recherchent néanmoins le réseau et la convivialité offerts par les espaces de coworking. Ce n’est pas forcément antinomique : il y a un temps pour tout. De la même manière, la contradiction apparente d’indépendants qui s’installent dans un même lieu, n’en est finalement pas une, puisqu’ils gardent leur liberté, tout en bénéficiant de services mutualisés.

Enfin, la collectivité n’exclut pas la prise en compte de l’autre et de ses besoins : on peut être voisins de bureau sans pour autant s’interpeller toutes les 30 secondes au milieu de l’espace de travail.

Comment expliquer que nous ayons tous une sensibilité tellement différente au bruit ?

En effet, interrogez les coworkers d’un même espace : vous aurez probablement une réponse différente par personne.

La raison de ces écarts est à la fois simple et complexe :

1/ La question de la politesse, du respect

Nous avons tous été élevés à coups de codes sociaux et de règles de vie, par des parents qui nous ont conditionné selon leur culture et leurs convictions : certains dans la discrétion, voire la retenue, d’autres dans l’expression, voire l’exubérance. Sans parler du trait renforcé par le tempérament de chacun, timide ou volubile.

Conclusion ? Nous sommes persuadés, tous autant que nous sommes, d’être la « référence » en matière de politesse et de savoir-vivre. Par conséquent, les comportements divergents sont, de fait, considérés comme irrespectueux.

2/ La question de l’histoire personnelle

Evidemment, les anciens salariés qui ont passé des années en open space à 60 par plateau, habitués à un niveau sonore élevé, sont plus tolérants au bruit que les freelances qui ont plutôt travaillé seuls à domicile auparavant. La problématique est d’autant plus vraie quand une équipe, habituée à un autre mode de fonctionnement, débarque à plusieurs en coworking, avec l’inévitable tentation de garder ses anciennes habitudes.

3/ La question du métier

Quand certaines professions s’accommodent bien d’un bruit ambiant, soit parce que la concentration n’est pas requise, soit parce que c’est avant tout un métier de contact, avec beaucoup d’appels téléphoniques par exemple, d’autres ont des professions qui nécessitent de s’immerger dans une problématique qui implique de rester focalisé sur sa tâche sur une durée assez longue en continu : travaux rédactionnels, développement informatique… La moindre interruption peut faire perdre beaucoup de temps ensuite pour se remettre en situation.

4/ La question de la perception

Selon sa personnalité et son fonctionnement, on peut se focaliser sur certains bruits parasites, ou encore avoir du mal à faire abstraction d’une conversation qui se déroule dans le même espace de travail.

La notion de « capital-sympathie » a aussi un rôle évident dans la perception que l’on a du bruit alentour : lorsqu’il s’agit de ses collègues directs, on est, premièrement, souvent dans un rythme de travail proche, avec des besoins de concentration similaires et donc, plus en phase. D’autre part, le fait de ne pas appartenir à la même entreprise crée de fait un fossé qu’il s’agit de combler : ça se passe à la pause café, aux repas partagés… Une fois qu’on s’est « attaché » à ses voisins de bureau, on devient beaucoup plus tolérant et on a plus de facilités à faire une remarque lorsqu’on est dérangé, sans pour autant le faire de manière désagréable.

Comment maintenir le bruit à un niveau acceptable pour le plus grand nombre, tout en conservant la convivialité ?

D’abord, nous voulions partager avec vous le résultat d’une récente étude, qui conclut que le bruit a un effet positif sur la créativité !

Bon, bah alors, faudrait savoir ?!

Oui, mais tout est une question de mesure… En effet, il a été démontré que « les personnes exposées à un bruit modéré (70db) et non désiré (ce n’est pas comme la musique qu’on écoute avec son casque) étaient plus susceptibles de trouver des solutions créatives et que ces idées étaient plus originales. Par contre, lorsque le bruit est plus important (85dB, ce qui équivaut au bruit de la circulation sur une route principale à une distance de 10 mètres), il inhibe la capacité de traiter l’information, et donc engendre une perte de créativité. ». Source : ZeVillage

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Vous pouvez aussi découvrir une application qui propose des ambiances sonores de cafés, dans ce même esprit de bruit raisonnable incitant à la créativité : www.coffitivity.com

Alors, comment faire pour trouver ce juste milieu au sein d’un espace de coworking ?

1/ La conception de l’espace

  • Concevoir un espace dont l’open space n’est pas surdimensionné
  • Envisager la multiplication de petits open spaces, dans lesquels le niveau sonore admis est variable
  • Prévoir des zones pour laisser libre cours à la convivialité : salon, cuisine, jardin…
  • Prévoir des zones pour permettre aux équipes de travailler ensemble : salles de réunion
  • Prévoir des zones pour les appels téléphoniques : cabine téléphonique
  • Evidemment, certaines zones peuvent être allouées à plusieurs usages, en fonction des moments de la journée ou grâce à un système de réservation
  • Proposer des bureaux fermés
  • Réfléchir aux circulations dans l’espace pour éviter des passages trop nombreux par l’open space
  • Penser à des zones tampon entre la porte d’entrée et l’open space, même chose avec les toilettes (surtout s’il y a un sèche-mains électrique !)
  • Penser aux matériaux utilisés dans l’open space, en vous assurant que certains absorbent le bruit plutôt que de le réverbérer

2/ Les aménagements de l’espace

  • Réaliser un cloisonnement partiel des zones ouvertes
  • Aménager des alcôves plus protégées du bruit
  • Installer des absorbeurs de bruit

3/ Les règles de vie communes

  • Définir le niveau sonore accepté dans chaque zone de l’espace
  • Définir ce qui est accepté ou non en open space : appels téléphoniques, réunions, conversations à haute voix…
  • Faire signer à chaque coworker le règlement intérieur qui explicite ces règles
  • Proposer aux futurs coworkers d’effectuer une journée d’essai : c’est l’occasion de vérifier que l’environnement de travail leur convient et que leur propre activité est compatible avec celle des autres

4/ La sensibilisation

  • Parler ! Avant que le problème prenne trop d’ampleur…
  • Utiliser l’humour, dépassionner le débat
  • Rappeler les règles de l’espace et les zones de dégagement à disposition
  • Enregistrer le bruit dans l’open space pour faire s’écouter les coworkers et leur faire prendre conscience du volume sonore
  • Objectiver la question du bruit en utilisant l’outil « Inside Voice » (application mobile) qui permet de définir un niveau sonore acceptable pour tous, et de recevoir une alerte lorsque ce seuil est dépassé

5/ Les outils individuels

  • Suggérer aux coworkers de travailler avec un casque
  • Suggérer les boules Quiès ( !)
  • Proposer un usage nomade du coworking, réservé aux tâches du coworker compatibles avec cet environnement

Pour aller plus loin à propos des solutions pratiques, vous pouvez aussi consulter l’article de Cowork.io sur le sujet.

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En conclusion, nous avons tous une sensibilité très différente au bruit. Quand certains se satisfont très bien d’un brouhaha, ou en tout cas d’un bruit de fond constant, d’autres vont être incommodés par les bruits extérieurs beaucoup plus rapidement.

Les espaces de coworking se doivent de prendre en considération ces attentes souvent hétérogènes, en réalisant les installations et en conduisant les actions permettant d’arriver à un équilibre satisfaisant pour le plus grand nombre. Malgré tout, il est certain que les personnes allergiques à tout bruit parasite vont se sentir « agressées » dans la majorité des espaces de coworking : il faut peut-être dans ce cas opter pour un bureau fermé, ou envisager un autre type d’hébergement professionnel.